PISA 2012 : Un mauvais plat sans surprise.

vendredi 17 janvier 2014
par  David Caillet

Avec toutes les réserves nécessaires sur ce genre d’enquête, PISA 2012 montre une nouvelle dégradation de notre système scolaire dans la suite des résultats de 2009, notamment l’écart croissant entre les bons élèves et ceux en difficulté. Qu’est ce qui explique et rend possible une telle évolution ?
Sous l’effet des dévastations économiques, sociales et culturelles consécutives à la mise en place des politiques néolibérales, le chômage, la précarité, la pauvreté ont explosé. Sont alors arrivés dans l’école des élèves de plus en plus déstructurés au moment où celle-ci s’ouvrait largement à eux.

Un enfant sur cinq vit dans la précarité

Ainsi au moment où les résultats PISA allaient être publiés, Le 19 novembre 2013, l’Unicef France publiait les "résultats de sa consultation nationale des 6-18 ans" qui "met en lumière que près d’un enfant sur cinq (17%) vit dans une situation d’intégration sociale précaire dont 7% sont déjà pris dans un processus de disqualification sociale".

Depuis 2000, 90000 postes en moins !

Ces mêmes politiques ont, parallèlement, construit une autre école faite d’une remise en cause de l’exigence d’égalité républicaine et d’une baisse drastique des moyens empêchant l’école de se constituer en contre-tendance à cette dégradation sociale. Trois axes majeurs se conjuguent négativement :
Le « dégraissage du mammouth » voulu par Allègre a bien eu lieu.
Depuis 2000, l’EN a perdu plus de 90000 postes. On proposa comme solution la hausse des effectifs par classe : partout les normes augmentent, 35 en seconde par exemple.
On a réduit l’offre scolaire : 2 heures hebdomadaires dans le premier degré ; 3 ans au lieu de 4 dans la filière technique ; fin de l’EPS en BTS… Alors même que la France consacre déjà 15% de moins au premier degré que la moyenne de l’OCDE.

- La difficulté scolaire moins combattue.
L’aide aux élèves en difficulté a été réduite avec la remise en cause des RASED ainsi que la perte d’une heure hebdomadaire dans le projet Peillon.
- Une éducation de moins en moins nationale
La suppression de la carte scolaire débouche sur la formation de ghettos culturels qui renforcent les inégalités. De même que la mise en concurrence des établissements.
- La territorialisation de l’école au nom de la proximité, de la démocratie et d’une pédagogie différenciée répondrait aux situations locales en adaptant le niveau, le contenu, les méthodes, de l’université avec la LRU, aux lycées avec le « Lycée des métiers » et ses logiques de bassin jusqu’au premier degré avec les PEDT de Peillon confiant à des communes très inégalement dotées le financement des activités périscolaires.

Défendre l’égalité dans l’école.

Sur cette pente, l’école cesserait d’être le bien commun, la culture commune permettant les rencontres, dont le pouvoir politique doit assurer les conditions d’un égal accès par une distribution adaptée des moyens. Elle deviendrait au contraire un panier disparate construit en fonction de l’inégalité des bassins et des populations. Touche par touche le risque est de voir notre vieille école républicaine s’adapter au projet néolibéral qui la nie. Toutes les enquêtes montrent un renforcement des pentes sociales dans la sélection des filières d’excellence en parallèle avec l’échec massif des enfants des catégories modestes.
On en vient à présent à affirmer dans les administrations de l’EN que la fonction première de l’école serait, au travers d’une « bienveillance » qui nous aurait échappée jusque là, non pas une maîtrise de savoirs et des connaissances permettant le jugement critique mais de rendre heureux les enfants, comme si ces deux approchent étaient incompatibles. Peut être un jour un item « bien vivre son échec scolaire » permettra t-il à la France de regagner quelques places dans la hiérarchie internationale. De telles approchent livrent ceux qui n’ont que l’école et leur travail pour construire une vie réussie à la fatalité des pentes sociales et construisent une école « désémencipatrice » conforme aux projets les plus réactionnaires.
Le combat pour l’égalité dans l’école et dans l’accès aux savoirs, mais aussi et parallèlement dans la société pour une vie meilleure pour tous, est un combat qui vaut d’être mené, sans relâche.

Hervé Faudot.