Tablettes : histoire d’une cacophonie annoncée

samedi 27 juin 2015

La rumeur a couru pendant toute la durée de la campagne électorale. La décision du conseil départemental nouvellement élu est tombée début juin : arrêt des dotations individuelles et nomades pour les familles et dotations en classes mobiles pour les établissements.
Si la décision prise semble correspondre à l’attente de la majorité des enseignants, il n’empêche que la méthode employée pose de nombreux problèmes.

De la même façon que les enseignants n’ont pas été consultés en amont sur leurs attentes en matière de dotation numérique, le nouveau CD a pris sa décision dans la précipitation et sans consulter les enseignants sur leurs usages et leurs besoins. Il aurait été souhaitable de commencer par cela.

Des enseignants se sont emparés de ce qui est au départ un objet ludique de communication pour le transformer en outil pédagogique avec un usage quotidien. Ces enseignants vont beaucoup y perdre. Il est inadmissible que les pratiques pédagogiques soient inféodées aux décisions politiques qui changent au gré des élections, des changements de majorité départementale et de réorientations budgétaires politiques.

Hors les questions éthiques (développement d’addictions, exposition aux ondes wifi, usages ludiques pendant les cours et à la maison au lieu des activités pédagogiques...), la mise en place des tablettes en dotation individuelle et nomade a posé de nombreux problèmes techniques. Il semblerait que les classes mobiles en posent d’autres : incompatibilité du système avec le réseau pédagogique qui ne permet pas une connexion internet nominative, sauvegarde des documents personnels des élèves... Il apparaît que la décision du nouveau CD n’a pas anticipé sur ces problèmes. Ainsi la remasterisation des tablettes prendra plus de temps que prévu, le CD annonce le retour des tablettes à la mi-janvier seulement.... Une demi-année de perdue pour les enseignants et les élèves. Enfin, les dotations des établissements sur la base de la seule redistribution de l’existant pose problème, elle est d’ores et déjà insuffisante pour à la fois permettre aux enseignants qui en avaient un usage quotidien de le conserver et aux autres de diversifier l’usage de la tablette à tous les niveaux.

Le CD doit consulter les enseignants (et pas seulement les référents tablettes) sur leurs usages, leurs besoins non seulement en tablettes mais pour l’ensemble des outils numériques (TNI, Postes fixes....) prévoir des dotations supplémentaires. Il est indispensable que chaque établissement chiffre ses besoins et envoie au CD une demande de dotation complémentaire. Enfin il ne faut pas que la décision prise pour les tablettes s’applique également à l’ensemble de la politique en matière d’éducation du département. Il est indispensable de poursuivre la politique de rénovation des collèges amorcée depuis 2011. Il en est de même pour la politique de dotation culturelle qui permet dans un département marqué par la ruralité d’assurer un accès à la culture facteur de réussite pour tous.

Aurélien Bergonzi, Laure Flamand