La France en marche, mais vers quoi ?

dimanche 21 mai 2017
par  David Caillet

La France en marche, mais vers quoi ?

L’élection d’E.Macron à la présidence de la République pose de nombreuses questions sans réduire nos inquiétudes quant à la situation actuelle et à venir.
C’est, bien entendu, un soulagement que MLP soit battue et échoue dans sa conquête du pouvoir. Mais sa nette défaite ne saurait faire oublier le niveau atteint : 7,6 millions de voix au premier tour et 10,6 millions au second. L’extrême droite s’enracine toujours plus. En Haute Saône elle dépasse les 48%.
De plus notre soulagement risque d’être très provisoire si les politiques dont elle se nourrit ne changent pas. Si la morale et les principes continuent d’être bafoués. Si les institutions continuent de piéger les citoyens.
Cette phase électorale a en effet montré combien notre démocratie était malade, dans un pays fracturé par le chômage de masse, par la précarité et l’incertitude du lendemain, le creusement des inégalités et la disparition de nombreux services publics ; au point de ne pas permettre au président sortant de se représenter.
Elle est malade par des années de promesses non tenues, oubliées sitôt l’élection passée.
Par les nombreux scandales qui ont émaillé cette campagne et le cynisme affiché.
Par les ralliements sans principe de tous ces vieux politiciens qui rejettent aujourd’hui sans aucun remord ce qu’hier encore ils défendaient, la droite, la gauche, les partis…

En marche mais sans élan.

Elle souffre aussi de ses institutions au scrutin majoritaire qui poussent à présent des millions de citoyens à ne pas voter selon leurs convictions au profit de ce qu’ils estiment un « vote utile » dès le premier tour. La place centrale du FN, confirmée par les enquêtes fit de cette présidentielle, en réalité une élection à un tour. Les sondages jouant le rôle de poisson pilote des intentions de vote.
Elle souffre enfin du maintien de cette monarchie de façade, qui se renforce dans le spectacle politique qui nous est quotidiennement servi, qui personnalise à outrance ce qu’une démocratie moderne devrait combattre.
L’élection d’E. Macron est largement une élection par défaut, une forme d’escamotage. Toutes les données confirment une faible adhésion au projet qu’il porte.
Dans sa campagne Macron profita d’un appui massif des médias, des milieux financiers dont il est issu, du MEDEF, de nombreux cadres du PS, de l’argument jeuniste, derrière lui on trouve tout ce que notre pays compte comme dirigeants.
Le tour de force a consisté à faire élire, contre le FN, décidément bien utile, le candidat d’une politique massivement rejetée et qui promet de l’aggraver encore. Et on appelle « renouveau » le recyclage de ces vieux politiciens de droite ou du PS, usés par l’application successive d’une même politique dont on paye aujourd’hui le prix fort.
Il se pourrait bien que le renouveau promis ne soit au fond que la convergence physique de ce qui convergeait déjà pour les programmes. Nous passerions ainsi d’un parti unique à deux têtes (PS et LR) à une seule, derrière le sourire de ce jeune banquier.
En marche…arrière ?
Cette présidentielle fut une opération réussie d’escamotage. Elle permet, sous les traits du rajeunissement et de la restructuration de la vie politique le prolongement d’un projet rejeté par une majorité de français. Macron incarne les politiques qui sont menées et ont échoué depuis 35 ans, il en rassemble tous les responsables et les divers courants du libéralisme économique, social et culturel.
C’est la raison pour laquelle il est nécessaire, derrière le matraquage incessant en faveur du nouveau président d’aborder ici les menaces contenues dans le projet du nouveau président :
Emblématique du prolongement d’une politique massivement rejetée, la « loi travail ». Macron se propose de l’approfondir et d’en étendre le principe à toute l’organisation du travail : Horaires, effectifs, salaires, conditions de travail… Il veut y remettre ce que les mouvements de 2016 avaient permis d’écarter : le plafonnement des indemnités patronales aux prud’hommes pour licenciement abusif.
Il prévoit comme son prédécesseur un passage en force, par ordonnances dès l’été cette fois. Il ne supprime pas le 49.3.
Il veut renforcer les contrôles et les sanctions contre les chômeurs avec le blocage des allocations au bout du refus de deux offres « décentes », dans un contexte où les offres d’emploi se raréfient.
Il veut réduire l’ISF en déduisant du montant les investissements.
Il est partisan de la flexi-sécurité, de la précarisation et de l’uberisation.
Projet de défiscalisation des heures supplémentaires ; si on le couple avec la baisse à 10% des cotisations sociale de ces heures sup adoptée avec la loi El Khomri, elles deviennent pour les employeurs plus avantageuses que les 35 premières.
Il cherche à contourner le principe de libre administration des collectivités territoriales défini par l’article 72 par un système de conventions avec les régions ; Il souhaite renforcer la métropolisation avec le risque de faire disparaitre ¼ des départements ; il veut réduire les dotations aux collectivités de 10 milliards, soit 2 milliards par an.
Il propose de supprimer 120000 postes dans la fonction publique dont 75000 dans la fonction territoriale, avec une remise en cause du statut de la fonction publique territoriale et le recours accru aux contractuels de droit privé.
Pour l’éducation :
Il part du constat que l’école renforce les inégalités et favorise ceux qui, socialement sont déjà favorisés.
Il veut mettre l’accent sur les premières années scolaires en augmentant le nombre de places en crèche, diviser par 2 le nombre d’élèves en CP et CE1 dans les ZEP, soit 12000 postes. Entre 6 et 10000 seront redéployés, le reste sera créé. Menace sur le dispositif « Plus de maîtres que de classes ». L’objectif est l’acquisition des fondamentaux.
Individualisation des apprentissages dès la maternelle en développant les supports numériques.
L’autonomie des établissements est au cœur de son projet, afin de favoriser l’ « adaptation » aux besoins des élèves et aux « situations locales » ; ce projet renforce en effet la place des acteurs locaux extérieurs à l’école et l’insertion dans des réalités locales porteuses d’inégalités dans le niveau d’enseignement en contradiction avec le projet républicain :
●Les communes et les écoles pourront organiser elles mêmes le temps périscolaire sans contrainte de l’Etat, en lien étroit avec les écoles de « leur territoire », ceci au moment où, toutes les études le montrent, un processus de fragmentation territoriale s‘accélère sous l’effet de leur mise en concurrence.
●Les collèges qui le souhaitent pourront rétablir les parcours bilangues en 6eme et européens. Les communes pourront sortir des rythmes scolaires. Les chefs d’établissement auront davantage de liberté dans l’élaboration de leur projet pédagogique. Une part d’autonomie de recrutement sera donnée pour les établissements de l’Education prioritaire. Cette autonomie sera accompagnée de diagnostics tous les 3 ans.
Ces projets de réforme s’inscrivent dans le cadre d’une mise en concurrence généralisée des établissements.
Il nous faudra donc être très vigilants et continuer à porter notre projet pour l’école.

Hervé Faudot.