PARCOURSUP : UN TRI QUI NE DIT PAS SON NOM

dimanche 4 février 2018
par  Jean-Marc Delcourt

La nouvelle plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur Parcoursup qui vient de s’ouvrir aux futurs bacheliers 2018 devrait résoudre les problèmes survenus l’année dernière avec A.P.B. !!! Or, que ce soit l’un ou l’autre système, quand on dénombre 808000 candidats pour 654000 places on pourrait inventer n’importe quel logiciel, il ne résoudrait pas le manque de places dans les universités françaises. C’est ce que dénonce à juste titre le créateur d’A.P.B., Bernard Koehret ! (Le Monde 6 déc. 2017), et c’est aussi la raison pour laquelle certaines filières en tension étaient obligées de recourir au tirage au sort !

Penser résoudre les problèmes d’affectation avec un système qui instaure une sélection à l’université qui ne dit pas son nom relève de l’enfumage voire de la malhonnêteté. Il est clair qu’en bout de course il reviendra aux recteurs de chaque académie de « caser » dans les filières où il reste des places vacantes des étudiants qui n’ont pas obtenu satisfaction sur leurs dix vœux et qui n’ont surtout aucune appétence pour les autres. Mais c’est probablement la meilleure façon de pousser un certain nombre d’entre eux vers la sortie ! C’est aussi une bonne raison de ne pas mettre en place les moyens au lycée que nécessiteraient la satisfaction de chaque étudiant dans son orientation.

Dans tous les cas, l’entrée à l’université pour un certain nombre de bacheliers qui n’auraient pas les prérequis est un phénomène qui existe depuis 30 ans et qui s’est amplifié avec la création des Bac Professionnels. De plus, nous vivons aujourd’hui un effet d’engorgement ponctuel du fait de la hausse démographique du début des années 2000. Mais instaurer une sélection à l’université et, de fait, faire du baccalauréat un simple examen de fin d’étude est-ce bien la solution, quand on ne s’interroge même pas sur le devenir de ces étudiants en échec dont bon nombre rebondissent l’année suivante sur une autre filière et réussissent par la suite leur cursus ? Combien avons-nous d’exemple de ce type dans notre entourage y compris parmi bon nombre de nos collègues ? Par ailleurs, eu égard aux connaissances sur l’adolescence, on sait très bien que ces balbutiements sont normaux, est-ce à dire que le droit à l’erreur serait désormais interdit ? Quand on sait par ailleurs ce qui se profile sur la réforme du lycée : adéquation entre le choix des majeures au lycée et les attendus des filières universitaires, on voit bien la cohérence des projets gouvernementaux pour l’instauration d’un « cylindrage » entre lycée et université qui interdirait de fait ces parcours dits chaotiques.

Si certaines universités ont déjà commencé à publier les prérequis pour mettre en place une sélection à l’entrée de leurs filières, d’autres refusent d’entrer dans ce jeu en n’émettant aucun attendu. Sage décision que nous pourrions reprendre à notre compte lors des conseils de classe du 2ème trimestre. En effet qu’est ce qui nous empêche comme pour APB d’émettre un avis (négatif / positif / liste supplémentaire) pour les filières traditionnellement sélectives et un avis positif pour les autres ? Libre choix ensuite à l’Université de faire ou de ne pas faire sa sélection ! Cette position collective du conseil de classe donnerait à l’université sa responsabilité pleine et entière pour refouler tel ou tel candidat.

Quelque soit le système d’affectation, l’ouverture de places dans le supérieur et les moyens à mettre en place pour la réussite du plus grand nombre relève d’un même combat à savoir un investissement dans l’enseignement secondaire comme dans le supérieur… mais ce n’est pas en supprimant 1200 postes dans le secondaire pour la rentrée 2018 qu’on en prend le chemin ! Et ce n’est qu’un début quand on voit émerger les perspectives de la commission Mathiot sur la future réforme du lycée !