ANTIPHONAIRE LIBÉRAL

mercredi 7 février 2018
par  Nathalie Faivre

Les chantres du gouvernement entonnent, entre chaque verset du grand prêtre Macron, l’antienne éculée anti-fonctionnaires. Nous la subissons de matines aux vêpres en passant par tierce, quarte et none. Elle figure dans les parchemins libéraux depuis des siècles, n’a pas été retouchée d’un demi-ton, c’est le chant sacré qui guide leurs pas...

Reprenons : les fonctionnaires seraient des feignasses qui s’accrochent à leur poste comme une patelle à son rocher ; il faudrait enfin songer à moins les payer, à les faire travailler et à les faire bouger...Mais de quoi parlent-ils ?

Nous passons un concours national et sommes susceptibles, pour couvrir les besoins, d’être mutés partout sur le territoire et de faire des remplacements, nous ne sommes pas titulaires d’un emploi mais d’un poste et à ce titre susceptibles de le perdre ou de faire un complément de service si besoin. Mais ce n’est pas assez : il faudrait aussi que nous acceptions de changer de branche de la fonction publique au gré des suppressions de postes, qui s’annoncent massives dans l’éducation nationale via la réforme lycées. En d’autres termes, ils savent qu’ils ne sauront pas quoi faire de tous les profs dont ils auront supprimé le poste… A ceci près que nous sommes impossibles à caser ailleurs, parce que nous sommes (en théorie) fonctionnaires de classe A, c’est-à-dire « chef de service ». Mais sans expérience de management d’une équipe. Et la paye en moins, bien sûr !

Le « plan de départs volontaires » (= de suppressions de postes massives) devrait aider le gouvernement à sortir de cette impasse. Mais les élèves restent ! Difficile d’imaginer que l’on puisse bourrer beaucoup plus les classes, et même que l’on puisse recruter beaucoup plus de contractuels : les viviers sont vides, et même avec une annonce sur le bon coin, ce n’est pas toujours possible de trouver un bouche-trou.

Quant à nos salaires, non réévalués depuis des lustres, il est inférieur à la moyenne de l’OCDE. Oser vouloir introduire le « mérite » dans une profession dont la rémunération de départ est à peine au-dessus du SMIC serait comique si nous ne savions combien les chefs d’établissements et les IPR peuvent jouer un rôle délétère sur nos déroulements de carrière, privilégiant l’obséquiosité à l’efficacité.

Il est à noter que les cures d’amaigrissement ne concernent que les fantassins de la République ; à quand une réflexion sur les primes exorbitantes de notre hiérarchie, sur leurs privilèges (logement de fonction, chauffeur, cuisinier, etc), sur leur nombre ? Gageons que cela représente l’équivalent de quelques EPLE, de quoi nous donner un peu d’air... Il faut dire qu’en ce moment, il devient irrespirable.