Work in progress ou l’improvisation comme mode de fonctionnement

dimanche 13 octobre 2019
par  Nathalie Faivre

Le SNES-FSU a interpellé le recteur lors du dernier Comité Technique Académique sur l’amateurisme du ministère et l’improvisation totale dans laquelle se met en place la réforme lycée, générant stress et souffrance au travail chez un bon nombre de personnels.

Réponse : oui, ça s’appelle « work in progress », on apprend en marchant... Le recteur ne fait qu’invoquer une méthode de management moderne censée remplacer le taylorisme du siècle passé et son côté vertical.

Cette méthode est inspirée de la cybernétique, inventée par le mathématicien américain Norbert Wiener*. L’idée est que les éléments d’un système (par exemple les établissements scolaires et le ministère) sont en interaction permanente. L’action d’un élément sur un autre entraîne en retour une réponse (ou "feedback") du second élément vers le premier. Il s’agit d’un fonctionnement plus horizontal, semblable à un réseau d’ordinateurs. En théorie, un système cybernétique équilibré a pour propriété de s’auto-réguler : une tendance dans un sens y crée les conditions de la tendance inverse.

On ne peut pas dire que le concept soit appliqué de façon conséquente dans l’Éducation nationale... L’interaction des éléments du système ne fonctionne que dans le sens du ministère vers le bas, jamais dans l’autre. Mais notre hiérarchie fait semblant d’y croire, ce qui présente deux avantages :

  1. Cela justifie tous les cafouillages, toutes les improvisations, toutes les erreurs d’appréciation au motif que cela ferait partie du processus de travail.
  2. Cela renvoie partiellement sur les personnels la responsabilité de tout ce qui se passe mal : c’est parce que nous sommes trop bêtes pour nous saisir de l’autonomie qui nous est si généreusement accordée que nous n’y arrivons pas.

Personne n’oserait préconiser un tel mode de fonctionnement dans le BTP ou l’industrie, et pour cause... À aucun moment ne sont pris en compte les dégâts générés par les tâtonnements successifs censés mener à des améliorations. Dans l’Éducation Nationale, les dommages ne sont pas quantifiables car ils concernent la qualité des enseignements délivrés aux élèves et la santé psychologique de ces derniers et de leurs profs. Interpellé de façon très insistante par le SNES-FSU sur ce sujet (cf déclaration préalable), le recteur ne sait pas quoi répondre, si ce n’est que lui-même et ses services seraient de bonne volonté...

Le refus de la part de l’institution d’envisager la dimension systémique de la souffrance au travail est un véritable déni de responsabilité. Le SNES-FSU a rappelé au recteur qu’en tant qu’employeur, il a une obligation de prévention des risques psycho-sociaux. Le CHSCTM comme le CHSCTA ont été saisis de la problématique de l’impact des réformes sur les personnels, jusqu’à présent sans réponse, malgré les délais légaux en vigueur.

Dans le cadre d’une stratégie visant à mettre l’institution face à ses responsabilités, une démarche simple est possible au niveau individuel : renseigner les fiches du registre hygiène et sécurité, qui se trouve à disposition des personnels dans chaque établissement. Cette fiche de signalement constitue une preuve que vous avez donné l’alerte sur votre état de santé physique ou psychique. Elle peut constituer un élément permettant de prouver l’imputabilité au service de certaines maladies, ce qui donne droit à un meilleur remboursement par l’assurance maladie et pendant plus longtemps.


*Norbert Wiener, « Cybernétique, ou le contrôle et la communication dans l’animal et la machine »