CTA du 08.10.2019 déclaration préalable

Elle s’appelait Christine Renon.
dimanche 13 octobre 2019
par  Nathalie Faivre

Elle s’appelait Christine Renon. Dans sa lettre, elle a dénoncé l’absence de soutien de la part de son institution. Elle a décrit les sollicitations incessantes, les tâches inutiles, chronophages, qui l’empêchaient de faire son travail et ne lui permettaient plus de lutter ni contre les déterminismes sociaux, ni contre les inégalités et les injustices sociales auxquelles tant d’élèves sont confrontés.

Ce qu’a écrit et dénoncé Christine Renon, c’est bel et bien le processus de déshumanisation qui est à l’oeuvre partout : à l’Éducation Nationale, dans les services de santé, mais aussi la justice, la police, les pompiers... Ce processus a un nom, il a été théorisé et il est appliqué par tous les gouvernements successifs depuis 20 ans : c’est le néo management public. En voici les caractéristiques théoriques : mise en concurrence (des élèves, des collègues, des établissements entre eux), autonomisation de façade du processus de travail sans pouvoir de décision sur les objectifs, multiplication des indicateurs, augmentation de la charge de travail, précarisation, dislocation des collectifs de travail, destruction de l’identité professionnelle, avec comme résultat la souffrance au travail.

S’obstiner à appliquer une telle politique alors que ses effets délétères sont connus (comme à Orange par exemple) est inadmissible. Qu’est-ce que le ministère et le rectorat de Besançon comptent faire pour protéger la santé au travail des personnels, dont ils sont responsables en tant qu’employeur ? La FSU a alerté à plusieurs reprises, notamment dans le cadre de la réforme du lycée et du lycée professionnel, sur une augmentation inquiétante des risques psycho-sociaux. Jusqu’à présent, elle n’a obtenu aucune réponse satisfaisante.

Les personnels ne se contenteront pas de stratégies de communication visant à saturer l’espace médiatique. La visite du ministre hier dans le Doubs est une fois de plus une visite touristique, qui s’est limitée à des rencontres ultra préparées et contrôlées dans des classes correspondant aux critères choisis. Pourquoi est-il venu en catimini ? Pourquoi n’a-t-il pas souhaité aller en lycée général ? Pourquoi ne souhaite-t-il jamais rencontrer des représentants élus des personnels ?

L’École est en danger, les personnels sont en souffrance. Créer un observatoire ou renforcer la hiérarchie via un statut de chef d’établissement pour la direction et le fonctionnement des écoles ne fera que renforcer la crise. Tenter d’évacuer les problèmes en évitant d’en parler n’est pas non plus une solution. À ce titre, l’absence dans l’ordre du jour de ce CTA d’un point sur les réformes des lycées et d’un bilan de rentrée est révélatrice. Les documents soumis au CTA de ce jour ne sont pas moins révélateurs : introduction de stages pendant les vacances (car, c’est bien connu, les profs en ont trop) et modifications de structures de dernière minute, faites sans les moyens afférents (car les chefs d’établissement sauront bien se débrouiller).

Dans un tel contexte, envisager une réforme qui amputerait les retraites des enseignants d’un tiers et suggérer aux profs que s’ils veulent gagner plus, ils devront travailler plus est une véritable provocation.