Se syndiquer : défendre un héritage historique

dimanche 13 octobre 2019
par  Anne Lescalier

Il faut attendre 1884 pour que soient autorisés les syndicats en France. Du Moyen Age à la Révolution Française, les conditions de travail et de salaire des compagnons et apprentis étaient définis par les corporations. Le décret d’Allarde et La Loi Le Chapelier (1791) suppriment celles-ci et interdisent tout regroupement d’ouvriers. L’employé est donc seul face à son patron et il est soumis aux conditions de travail et de salaire que celui-ci met en place. Même si l’on constate une amélioration de ces dernières, le sort de l’ouvrier dépend de son employeur, des réalités économiques et juridiques. Les grèves interdites au début sont longues et certains grévistes y laissent leur vie. « Les rouges » sont souvent renvoyés.
Le droit de grève fut accordé en 1864 par Napoléon III, mais faire grève « coûte cher » et seuls les ouvriers (employés) les mieux rémunérés peuvent se permettre de revendiquer en arrêtant de travailler.
La fin du XIXe siècle voit la naissance de syndicats structurés et, avec la croissance économique, une réduction du temps de travail et une amélioration de la condition ouvrière, qui se concrétisent en 1936 avec la semaine de 40 heures et les congés payés, la confirmation des libertés syndicales et l’instauration du délégué du personnel. Ces avancées sociales seront supprimées sous le maréchal Pétain.
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le GPRF en France met en place le programme du CNR (Conseil National de la Résistance) souvent cité dans les commémorations qui marquent la libération de notre territoire. Certains des points de celui-ci devraient être relus par nos dirigeants. Par exemple quelques points du programme social :

  • Le droit au travail et au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail.
  • Un réajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement assurant à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine.
  • La reconstitution dans ses libertés traditionnelles d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale.
  • La possibilité pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.
    Ce programme qui a construit la France d’après-guerre est à l’origine de l’État Providence qui a permis l’amélioration des conditions de travail des salariés du public et du privé. Les syndicats étant les porte-paroles des travailleurs, ils vont négocier pour que les droits des travailleurs soient reconnus et améliorés. Ils permettront aussi une meilleure gestion
    Cependant les politiques économiques et sociales menées depuis plusieurs années et aggravées depuis 2017 semblent vouloir faire revenir la France au XIXe siècle avec comme conséquences une baisse des droits des salariés et une augmentation très importante des différences de richesse (les 10% les plus riches possèdent environ 50% du patrimoine en France – source : la finance pour tous) en France, bien loin de la devise de notre République, les mots égalité et surtout fraternité étant les grands absents.
    Les mesures votées cet été, sous couvert de « rénover le dialogue social » ont un but évident, celui de revenir à une époque où les employés devaient défendre seuls leurs droits et de tuer la représentation syndicale. La disparition des syndicats voulue par le gouvernement pour la fonction publique livrera les personnels à l’arbitraire de leur hiérarchie directe, battant ainsi en brèche l’un des principes fondateurs de la fonction publique actuelle. L’avancement au mérite, les postes à profil, les mutations au bon vouloir des chefs d’établissement deviendront la règle. Pour contrer cette volonté, il faut absolument se syndiquer et expliquer à nos collègues que non seulement ils ne seront plus défendus si les syndicats disparaissent, mais qu’il n’y aura plus de règles.