Urgence sanitaire et situation des personnels : la FSU s’adresse au recteur

jeudi 26 mars 2020
par  Nathalie Faivre, Philippe Piguet

Besançon, jeudi 26 mars 2020

Monsieur le Recteur,

L’épidémie de Coranovirus met les personnels de l’Éducation Nationale dans une situation inédite. Toutes et tous s’investissent à l’heure actuelle pour assurer la continuité du service public d’éducation, malgré les difficultés. Il est important, dans ce contexte, de s’adapter aux nouvelles contraintes pour leur faciliter la tâche au maximum et maintenir un climat propice à la mobilisation de toutes les énergies.

Dans ce cadre, nous vous demandons en premier lieu de tout faire pour assurer la sécurité des personnes qui assurent la garde des enfants des personnels soignants. La réponse « nous ne sommes pas prioritaires, nous n’aurons rien » par rapport aux masques et au gel hydroalcoolique, qui constituent des précautions de base, ne peut pas nous satisfaire, même si elle est dictée par la priorité bien compréhensible donnée aux personnels soignants. Encore moins celle qui consiste à prétendre que les masques ne seraient pas utiles aux personnels chargés d’accueillir les enfants : si tel était le cas, pourquoi le gouvernement en aurait-il commandé 250 millions, et pourquoi les épidémiologistes les préconiseraient-ils ? La FSU attend du Recteur, représentant de l’État employeur, responsable de la santé et de la sécurité au travail de ses salariés, qu’il intervienne pour doter les personnels de ces masques dès que la situation de l’approvisionnement le permettra.

Par rapport au suivi pédagogique des élèves, nous déplorons la carence des moyens techniques mis à disposition des collègues : Pronote continue de dysfonctionner, le ministère propose des solutions pas toujours suffisantes pour faire cours en ligne, obligeant ainsi les collègues à utiliser des moyens de communication et des plateformes privées n’offrant aucune garantie quant à la protection des données. La FSU demande à ce que des solutions techniques continuent à être apportées pour augmenter les capacités et potentialités des moyens officiels mis à disposition des collègues. Elle souhaite également qu’un message soit envoyé à tous les personnels récapitulant les moyens existants mis à leur disposition et les risques encourus à utiliser des solutions qui ne correspondent pas aux normes de la RGPD.

Les annonces ministérielles concernant la continuité pédagogique sont à l’heure actuelle contradictoires et propres à mettre en difficultés les collègues. La demande de ne laisser « aucun élève sur le bord de la route » est légitime et les collègues s’y emploient ; mais nous savons tous que la fracture numérique et la fracture sociale joueront à plein si la situation perdure. Une rapide clarification des objectifs réalisables de la continuité pédagogique et du calendrier des examens et concours serait dans ce cadre bienvenue.

Concernant la tenue des instances académiques et départementales (CAPA, CTA, CTSD... y compris les GT), nous en demandons le report. Si le confinement devait durer, la seule façon d’organiser les CTA et CTSD serait la visioconférence, conformément au règlement intérieur fixé par l’article 42 du décret 2011-184. Dans le cadre des relations des personnels avec l’administration, le report de la date de fermeture du serveur est une initiative très appréciée des collègues et nous sommes en attente d’instructions sur la transmission du dossier papier de demande de mutation. Nous espérons qu’il sera fait preuve de tolérance en cas de problème de retard ou d’erreur de barème (par exemple, la bonification stagiaire ne s’affiche pas sur le récapitulatif).

Concernant les cas particuliers, la situation des fonctionnaires stagiaires est à étudier en urgence en concertation avec l’INSPE : sans expérience de l’enseignement, le passage de cours en présentiel à des cours à distance leur demandera plus d’efforts ; par ailleurs, certains doivent rendre des travaux de type mémoire. La FSU souhaite qu’ils soient exemptés de ce type de travaux afin d’alléger leur charge de travail. Traditionnellement, les stagiaires de lettres sont ceux à qui l’on demande le plus de travaux de ce type. Dans un second temps, un réexamen des conditions de leur titularisation serait à envisager.

La situation des contractuels est elle aussi préoccupante, aussi nous vous demandons de ne pas interrompre les contrats déjà signés pour des raisons évidentes de solidarité. Une interruption équivaudrait à un licenciement - alors que le gouvernement demande aux employeurs de ne pas licencier.

Par ailleurs, nous vous demandons, en signe d’apaisement, de surseoir à certaines décisions individuelles très mal perçues par les collègues. La suppression d’un poste de documentaliste au lycée J. Haag en est une, puisque personne, y compris le chef d’établissement, n’avait été mis au courant avant la fermeture des établissements scolaires. La FSU trouverait également légitime de voir s’interrompre les procédures disciplinaires engagées contre les personnels suite à des actions menées contre les E3C ; ces procédures mobilisent des forces et des moyens qui ne nous semblent pas judicieusement employés dans le contexte actuel. Cela serait ressenti comme un geste d’apaisement par nos collègues dont beaucoup se sont mobilisé-es pour un objectif commun en raison de leur attachement à une conception exigeante du service public d’éducation, et qui maintenant font toutes et tous preuve de détermination et de professionnalisme dans leurs efforts de maintien de la continuité pédagogique en cette période difficile.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, monsieur le Recteur, l’expression de notre profond attachement au service public d’éducation.

Pour la délégation FSU au Comité Technique Académique,
Nathalie Faivre