Reprise des cours le 11 mai : pas de rentrée sans garantie sanitaire ! - Communiqué de presse national

vendredi 17 avril 2020
par  Philippe Piguet

L’annonce d’Emmanuel Macron d’une réouverture progressive des établissements scolaires (au contraire des universités) suscite incompréhension et inquiétudes parmi les personnels, les parents et les élèves, car tout indique une absence d’anticipation en termes de procédure et de matériel. Les improvisations du ministre JM Blanquer, qui passe d’une réouverture progressive des établissements telle qu’évoquée par le président à une réouverture partielle, sont éloquentes.

De nombreuses questions restent sans réponse à ce jour : comment faire respecter la distanciation sociale dans des classes de 30 à 35 élèves, dans les couloirs parfois étroits des établissements scolaires, comment assurer la sécurité et la santé de tous à la cantine, au CDI, au gymnase, dans les internats ? Comment organiser le ramassage scolaire ? Toutes ces structures ont été pensées pour fonctionner de façon collective et ne permettent pas le respect de règles sanitaires minimales pour empêcher que le virus ne se répande, à moins d’imaginer, par exemple, une queue de près d’un kilomètre dans tous les lycées de l’académie chaque midi à la cantine, avec désinfection de tous les plateaux et tous les couverts après chaque repas...

Aucune information précise, aucune garantie n’ont été apportées pour l’instant, au niveau ministériel comme académique. Visiblement, l’institution est prise de court par une annonce présidentielle faite sans s’assurer que l’intendance suivra... Pour le SNES-FSU, la priorité est la santé et la sécurité des élèves et des personnels et, au-delà, de la population. Un certain nombre de conditions sanitaires sont incontournables pour envisager la reprise :

  • désinfection des établissements scolaires
  • tests des élèves et des adultes afin de détecter les personnes contagieuses
  • matériel de protection (gel hydroalcoolique, masques...)
  • modalités d’organisation pour diminuer les effectifs et assurer la santé et la sécurité de tous.

Ce sont des préalables indispensables à toute reprise. Ces conditions sont strictes. En leur absence, la réouverture des établissements ne pourra pas être envisagée.

Lors du CHSCTA du jeudi 16, un avis proposé par la FSU à été adopté, allant dans le sens d’une évaluation des risques et de la mise en œuvre des moyens de protection adéquats pour chaque situation de travail en EPLE ou service, en amont de la reprise. M. le Recteur, employeur, et responsable de la santé des personnels sous ses ordres, s’en emparera-t’il ?

Il n’est pas question que l’Éducation nationale se défausse de ses responsabilités sur les collectivités locales, notamment en termes de protection. La tentation serait grande, puisque l’académie de Besançon ne dispose actuellement d’aucun matériel : les 17 000 masques qu’elle possédait ont été donnés aux hôpitaux, ce qui était parfaitement normal. Ce qui ne le serait pas, ce serait d’envisager la rentrée des quelques 214 000 élèves et 22 000 personnels de l’académie sans un minimum de stocks et de précautions, même si elle se fait de façon partielle.

Si les personnels comprennent l’importance et l’urgence de renouer un lien avec les élèves, notamment les plus fragiles, ils ne comprendraient pas que le risque d’une deuxième vague de l’épidémie soit pris au nom d’une reprise de l’activité économique, dont la garde des enfants à l’école constitue un préalable.

Cette période a montré le rôle essentiel des enseignants et de l’école auprès des élèves, mais a constitué aussi un révélateur des inégalités sociales à l’œuvre depuis des années. Pour le SNES-FSU, résorber ces inégalités passera par un vrai plan sur le court, moyen et long terme. Les stages pendant les vacances annoncés par le Ministre ne sont qu’un pis-aller, au service exclusif d’une communication politique, faute de remettre en cause les réformes délétères engagées. Il est indispensable de diminuer les effectifs à la prochaine rentrée, de revoir les programmes et d’entamer une réelle réflexion sur ce que doit être l’école d’après. Par contre, faire rentrer de façon ciblée ceux de nos élèves les plus en difficultés n’est pas envisageable. En effet, ce sont ceux qui ont les conditions de vie et d’habitation les plus contraintes et donc ceux qui seraient les plus susceptibles d’être victimes, dans le cadre d’un déconfinement prématuré, d’une propagation du virus.