Jacques Chevrolet : une page d’histoire du SNES de Belfort

lundi 11 janvier 2021
par  Philippe Piguet

Jacques Chevrolet est décédé le 2 janvier 2021 des suites du coronavirus.

Jacques, militant historique du SNES du Territoire de Belfort, père fondateur de la FSU 90, avait été pendant plusieurs décennies un élu du personnel -commissaire paritaire académique- et un secrétaire départemental redouté et respecté par l’administration.

Il était la mémoire du SNES 90 dont il aimait à rappeler les hauts faits : de la mobilisation pour la défense d’une collègue, accusée d’incitation à la pornographie (1), aux marches de protestation contre l’implantation sur le site de Bourogne, aux portes de Belfort de missiles nucléaires, en passant par la défense de l’emploi local à l’Alstom et dans d’autres entreprises, sans oublier son pain quotidien : la défense des intérêts individuels et collectifs des collègues et les luttes pour la défense et le développement d’un enseignement public qui permette à tous les jeunes un parcours scolaire de qualité.

Pendant des décennies l’appartement belfortain puis la maison-Chevrolet a été un lieu d’accueil, en particulier pour les jeunes collègues débarquant dans ce Territoire, que l’administration avait un jour, dans un Bulletin Officiel classé dans les TOM, erreur dont Jacques s’était délecté. Comme lui, Geneviève, son épouse décédée en 2017, enseignait les SVT ; ils ont tous les deux accompli l’essentiel de leur carrière en lycée à Belfort. Militante du Snes, elle avait été adjointe dans l’équipe municipale d’Union de la gauche qui dès le début des années 70, avait pris les rênes de la ville de Belfort.

La retraite venue, Jacques et Geneviève s’étaient installés dans la maison qu’ils possédaient à Busy-Larnod, village d’origine de Geneviève. Jacques était alors devenu un pilier de la section académique des retraités et de l’équipe qui venait ’’donner un coup de main ’’ en particulier pour l’envoi du bulletin académique .Avec son sens de la répartie, il savait rendre fort agréables ces réunions qui se terminaient généralement par de joyeuses agapes. Geneviève militait avec une ardeur communicative au Secours Populaire de Besançon.

Pour Jacques et Geneviève, pas de retraite dans le militantisme : le combat contre les injustices continuait. Nous n’oublierons pas la ténacité qu’ils mettaient l’un et l’autre à défendre ceux qui étaient en difficultés, à défendre l’accès pour tous les jeunes à une formation de qualité et à une culture qui fassent d’eux des citoyennes et des citoyens responsables, solidaires et épanouis dans leur vie quotidienne .Ils furent pour beaucoup d’entre nous tour à tour des guides, des modèles ou plus simplement des camarades.

Jean-Pierre Billot

1) En 1972 Nicole Mercier enseignante de philosophie au lycée de jeunes-filles (lycée Condorcet qui était déjà mixte à l’époque) fut inculpée pour outrage aux bonnes mœurs suite à la plainte déposée par un parent d’une élève de terminale ; il était lieutenant-colonel de l’armée française. Elle avait diffusé et commenté en cours un tract dit ‘’tract Carpentier’’ qui était alors distribué aux portes de nombreux lycées dans toute la France .Ce texte intitulé ‘’Apprenons à faire l’amour ‘’ émanait d’un médecin le docteur Jean Carpentier et était destiné à promouvoir l’usage des contraceptifs dans la population lycéenne. Notre collègue Nicole Mercier fut relaxée.

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